
La politique commerciale du Canada est passée de la défensive à la stratégie. La mission centrale du gouvernement est de doubler les exportations non américaines d'ici dix ans, et cet objectif est devenu plus pressant depuis l'échec des négociations commerciales avec les États-Unis et l'imposition par ceux-ci de droits de douane de 50 % sur 20 milliards de dollars de produits canadiens. Le premier ministre a été clair : le Canada conclura des accords de libre-échange avec les pays de son choix. Ses déplacements en témoignent, tout comme le sommet des investisseurs tenu à Toronto, qui a présenté plus de 160 projets à des investisseurs du monde entier. La question pour 2027 est de savoir si les entreprises appartenant à des femmes et dirigées par des femmes sont intégrées dès le départ à ce virage.
Les marchés publics : la rampe de lancement au pays
Avant de pouvoir exporter à grande échelle, la plupart des WBE ont besoin d'un client de référence crédible au pays, et le gouvernement est le plus gros acheteur du pays. Le cadre Achetons canadien prend de l'ampleur. Le seuil de la politique sur les fournisseurs et le contenu canadiens est passé de 25 millions à 5 millions de dollars, et les fournisseurs admissibles peuvent bénéficier d'un crédit d'évaluation de 10 %. Une deuxième phase du Programme d'approvisionnement des petites entreprises est attendue avant la fin de 2026, avec des documents en langage clair et un modèle « Tell us once ». La Stratégie industrielle de défense ajoute une plateforme de défense de 4 milliards de dollars à la BDC et une Initiative régionale d'investissement en défense de 379,2 millions de dollars pour intégrer les PME aux chaînes d'approvisionnement nationales et internationales.
Le risque est que ces programmes favorisent les entreprises qui savent déjà s'y retrouver dans les marchés publics, alors que les WBE sont souvent en marge de ces réseaux. Le rôle de WBE Canada est de veiller à ce que la diversité des fournisseurs soit mesurée, et non seulement encouragée, à mesure que les règles sont rédigées.
Là où WBE concentrera ses efforts en 2027
Pour tirer le meilleur parti des missions commerciales et des relations avec le gouvernement, il faut se concentrer sur un petit nombre de marchés où l'élan politique est déjà bien présent. WBE se concentrera sur quatre d'entre eux.
Le Mexique. Le Canada et le Mexique ont lancé un partenariat stratégique global, et le Mexique est le contrepoids naturel en Amérique du Nord lorsque la relation avec les États-Unis est imprévisible. Pour les WBE, les occasions se trouvent dans les intrants de fabrication de pointe, l'agroalimentaire, les technologies propres, la logistique et les services professionnels. Le marché a aussi l'avantage d'être proche, avec des règles commerciales connues et un coût d'entrée relativement faible.
Le Royaume-Uni et l'Europe. Le premier ministre est devenu le premier premier ministre canadien en exercice à assister au discours sur l'état de l'Union européenne, ce qui montre le sérieux avec lequel Ottawa traite cette relation. L'Europe offre un marché profond pour les services, les industries numériques et créatives, les sciences de la santé et les chaînes d'approvisionnement axées sur la durabilité, des secteurs où les entreprises dirigées par des femmes sont fortes. Le Royaume-Uni offre une langue commune, une familiarité réglementaire et un écosystème bien établi d'entrepreneuriat féminin avec lequel s'associer.
Le Japon. Ottawa a répété que le Japon est un pays prioritaire pour le Canada, et la visite de M. Carney à Tokyo en mars s'inscrivait dans ses efforts de diversification des échanges commerciaux. Le Japon est un marché de grande confiance et de grande valeur, où les relations à long terme comptent. Il convient aux WBE des secteurs de l'énergie propre, de l'alimentation et de l'agriculture, de la technologie et des services professionnels et de santé, surtout celles qui sont prêtes à investir dans la construction de partenariats sur plusieurs années.
Un autre marché à explorer. En tant que présidente, j'explorerai l'Inde comme quatrième marché, car l'élan y est déjà visible. Le ministre Sidhu dirige une mission commerciale Équipe Canada à Mumbai et à Bengaluru du 12 au 17 octobre 2026, à l'appui de l'objectif commun de doubler le commerce bilatéral d'ici 2030, à partir de 30,4 milliards de dollars canadiens en 2025. L'Inde compte aussi une base vaste et croissante de MPME dirigées par des femmes, ce qui en fait un marché propice à des partenariats bidirectionnels plutôt qu'à de simples exportations.
Les leviers
Dans les quatre marchés, WBE s'appuiera sur les trois mêmes leviers.
Premièrement, les missions commerciales d’Équipe Canada. Dirigées par un ministre et organisées par le Service des délégués commerciaux, elles donnent accès à des représentants du gouvernement, à des acheteurs et à des rencontres d'affaires. WBE regroupera ses membres en une cohorte qui se présente avec un récit commun, plutôt qu'en candidatures individuelles, et veillera à ce qu'ils soient prêts pour le Service des délégués commerciaux avant l'ouverture des demandes.
Deuxièmement, les marchés publics comme tremplin vers l'exportation. Un contrat fédéral ou de défense permet d'acquérir l'expérience, l'envergure et les références que recherchent les acheteurs étrangers. Les WBE devraient voir les contrats gouvernementaux comme la première étape vers l'exportation, et non comme une voie distincte.
Troisièmement, une demande permanente au gouvernement. Chaque annonce de mission devrait nommer explicitement les entrepreneures, réserver une capacité de rayonnement et de rencontres d'affaires à leur intention, et faire état de leur participation par la suite.
Ce que WBE surveille
Quatre éléments façonneront 2027 : la phase 2 du Programme d'approvisionnement des petites entreprises prévoira-t-elle une mesure de la diversité; la façon dont le « contenu canadien » sera défini; les missions qui seront annoncées et les secteurs visés; et la reprise ou non des discussions avec les États-Unis.
Le gouvernement a mis en place une bonne partie de la mécanique. Notre rôle est de faire en sorte que les entreprises dirigées par des femmes soient du voyage, de la soumission et de la chaîne d'approvisionnement.
Dr Georgette Zinaty, MBA MSc DBA iGP
Présidente
Women Business Enterprises Canada Council (WBE Canada)